Muhammad – Vie du Prophète

Enfin! J’ai pu rencontrer Muhammad et peut-être un peu d’Islam (probablement idéalisé).
Et je dois ceci à un certain Monsieur Tariq Ramadan.

Le mot « islam » est la translittération de l’arabe الإسلام, islā , signifiant : « reddition », « soumission », « allégeance », sous-entendant « à Dieu ».

Le livre en question :
Muhammad vie du prophète : Les enseignements spirituels et contemporains

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Je dis enfin car bien qu’ayant lus quelques livres traitant des religions (toutes les religions ou limités à celles du Livre), la lecture d’une partie du Coran n’avait pas laissé d’empreinte/impression sur moi..
D’une part il me faut plus que proclamer quelque chose pour que j’y croie, d’une autre je le trouvais parfois sans queue ni tête et avec de nombreuses contradictions..

Plus tard j’apprendrai que le Coran ne présente pas les sourates (révélations, chapitres) dans l’ordre chronologique, c’est un détail qui prendra de l’importance.

Ma vision de l’Islam était donc extrêmement limitée et, comme toujours, conditionnée par mes connaissances en la matière, un mélange entre les caricatures et messages (manipulations?) des médias et ce que j’avais pu lire donc, duquel je ressortais essentiellement un monothéisme radical et une transcendance du Divin, une apparente grande piété des musulmans (difficilement conciliable avec ce qu’on peut percevoir du monde musulman actuel peut-être?), beaucoup de légalisme, le tout d’une source et d’évènements se produisant dans un contexte de guerre et de mœurs du 7e siècle.

Personnellement, j’accusais l’Islam comme le Judaïsme de ne pas faire le travail de raison et de discernement qui devrait permettre de séparer le culturel, l’environnemental, le contextuel, bref le temporel du message spirituel qui lui se veut intemporel..

Pour ce qui est de certaines franges du monde musulman contemporain et des messages/images qu’ils nous renvoient, j’applique le même raisonnement que pour toutes religions : Du meilleur, l’Homme peut produire le pire.

Donc que m’a apporté ce livre, outre une méconnaissance amoindrie de cette religion?
Si je devais résumer en trois points mes impressions :

  1. Le Coran ne devrait être (ne peut être?) perçu/reçu sans l’histoire, les contextes et évènements, ainsi que les messages et commentaires du Prophète. Ceux-ci sont rapportés dans les Hadiths. note
  2. J’ai été emporté par une présentation d’un prophète que je peux enfin placer à côté des autres grandes personnalités.
    Avec toutefois la particularité que Muhammad est et reste essentiellement un homme, en proie aux épreuves, aux doutes, aux peurs et craintes, et même aux erreurs et aux remontrances. Bref un homme..
  3. L’Islam présenté tel-quel se positionne absolument et indéniablement de la Tradition du Livre, une continuation, un Rappel.
    Cette Islam s’envisage respectueux et fraternel avec les Juifs et Chrétiens, prônant l’éthique, la tolérance, la justice et la morale avec tous les humains (plaçant ces valeurs hors de toute séparation, y-c religieuses)

note C’est une énorme différence me semble-t-il d’avec l’Evangile. C’est par contre peut-être un point plus en commun avec le Judaïsme Talmudique (La Torah uniquement avec/par le Talmud – Je n’ai encore rien lu sur le Talmud outre sa fonction et quelques exemples).
Je ne suis pas sans savoir que la question du Talmud et des Hadiths dans leur  religion respective n’est pas sans soulever de nombreuses polémiques et “guerre de religions/religieux”.

Si la présentation qu’en fait Mr Ramadan est honnête (à défaut probablement d’être impartial..), ce Prophète est plein de sagesse, d’humilité, de compassion et d’amour. De mon point de vue, avec les quelques croyances qui me restent, je dirais donc que comme pour les autres ‘grandes personnalités’, il a du “composer” avec un contexte donné, à savoir ici un monde arabe aux multiples croyances polythéistes du 7e siècle, où règnent tribus et clans, un monde apparemment plutôt violent et précaire.
Tout est conditionné, tout est contextuel, tout est relatif.. ne l’oublions pas (je répète ce crédo un peu trop souvent ? ^^)

Sa Mission?
Un rappel au Monothéisme, avec élévation de la morale, dans un monde polythéiste.
Tiens, cela me rappelle effectivement quelque chose, pas vous?

Monsieur Tariq Ramadan

Oui, un rapide coup d’œil sur internet et, sans surprise, je trouve des articles nourrissant des polémiques sur Mr Ramadan, l’accusant surtout de double langage.

Pour ma part, je suis d’avis qu’il est impossible de plaire à tout le monde, et qu’une personnalité publique, de surcroit religieuse, n’a d’autre choix que d’adapter son langage à son auditoire..avec les conséquences inéluctables qui vont avec.

Mais il est également évident que je n’ai lu qu’un de ses livres et que je n’ai pas cherché à faire une thèse sur sa personne. Quoi qu’il en soit, à l’heure actuelle, je ne me vois pas pouvoir être autre chose que respectueux vis à vis d’un tel profil, et il a toute ma gratitude relativement à cet unique livre lu.

Comment aborder cet article ?

Dois-je essayer de faire un résumer de ce qui est déjà une introduction à l’Islam, un résumé présenté avec un talent inouï et que je ne pourrais que trahir et amoindrir? La réponse semble devoir être non, mais en même temps, comment en parler et, peut-être, donner l’envie à d’autres de le lire et de découvrir une autre vision de l’Islam?

Je me propose donc de présenter un survol du début de la vie et de la Mission du Prophète, ceci jusqu’à  un peu avant l’Hégire (l’émigration de la communauté musulmane vers Médine), en espérant transmettre un peu du message et du talent que Mr Ramadan met à disposition de cette introduction.

Je sais que cet article dépasse de très loin en longueur ce que la majorité des lecteurs sur le web sont enclins à aborder, aussi si la partie où je reprends le début de la mission du prophète est par trop long, vous souhaiterez peut-être commencer par la lecture de certaines des citations qui m’ont plus lors de la lecture du livre (il y en a beaucoup plus).
Si vous êtes chrétien, il vous intéressera peut-être de lire le chapitre ‘Les chrétiens de Najrân’ que j’ai repris intégralement du livre.
L’un ou l’autre vous donnera peut-être le courage et la motivation de lire cet article ^^.

Liens vers les citations et la questions des chrétiens:
https://conradfaitunepause.wordpress.com/2013/05/12/muhammad-vie-du-prophte-citations-et-la-question-des-chrtiens/

Le CD qui m’a accompagné tout au long de la lecture de ce livre a été ‘Call of the Mystic’ de Karunesh, à mes oreilles une merveille inspirée, le meilleurs de ses CDs et de loin.

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Voici un extrait.. on trouve d’autres pistes du CD disponibles en mauvaise qualité sur Youtube, mais vraiment, offrez-vous le CD si vous appréciez.

 

Je souhaite rappeler que j’encourage fortement à acheter le livre qui est une brillante introduction à l’Islam. Une introduction peut-être idéalisée, orientée et enjolivée, mais pourquoi toujours préférer le contraire?
Mon résumé ne pourra être qu’insuffisant et incomplet. Les passages en italiques sont des citations du livre.

Vie et Mission du Prophète

Muhammad est né orphelin de père et aura une vie parsemée d’épreuves ainsi que d’évènements mystérieux, ces derniers devant l’encourager et être autant de signes du Divin.

Il nait à la Mecque, dans un environnement difficile où la sécurité tiens aux pactes entre clans et tribus et où règnent de multiple croyances polythéistes. Il est dit que Muhammad présentera des valeurs morales, d’honnêteté et d’éthique hors norme dès l’enfance et ne sera jamais corrompu par l’idolâtrie ou autres pratiques et croyances du lieu.

La reconnaissance de ses qualités morales précéda sa mission prophétique, laquelle, à posteriori, confirma la nécessité desdites qualités.

Dieu lui aurait fait un triple don:
– La Foi en l’Unique (Dans un contexte polythéiste)
– L’élection de la prophétie
– L’accompagnement de Dieu

Il passera une bonne partie de son enfance dans le désert, élevé par des bédouins puis actif comme berger, et c’est là qu’il méditera et apprendra beaucoup de la Nature.

Pendant quatre ans, l’orphelin vivra avec Halima et avec les Bédouins de Banu Sa’d dans le désert d’Arabie. Il partagera la vie des nomades, au cœur de la nature la plus dépouillée et la plus rude, subissant la sècheresse du climat et entouré a perte de vue des horizons qui rappellent la fragilité de l’humain, la contemplation et la solitude. Muhammad traversait, sans le savoir encore, les premières étapes et les premières épreuves lui étant prédestinées par l’Unique qui l’avait choisi comme Messager et qui était pour l’heure Son Educateur, Son Rab. Le Coran rappellera plus tard sa situation particulière d’enfant orphelin, de même que les enseignements spirituels accompagnant l’expérience de la vie dans le désert:

‘Ne t’a-t-il pas trouvé orphelin ; Il ta alors accueilli ! Ne ta-t-il pas trouvé égaré ; Il ta alors guidé ! Ne t’a-t-il pas trouvé pauvre ; Il t’a alors enrichi ! Donc [pour cette raison].. quant à l’orphelin, ne le maltraite point ; quant à l’homme dans le besoin, ne le repousse pas et quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le !’ (Coran, 93, 6-11)

.. Ces premières années de la vie du Prophète vont nourrir une relation tout a fait particulière avec la Nature, qui demeurera une constante tout au long de sa mission. L’univers est empli de signes qui rappellent la présence du Créateur et le désert, plus que tout autre, ouvre l’esprit humain à l’observation, à la méditation et à l’initiation au sens. Ainsi trouve-t-on de multiples versets du Coran qui renvoient au livre de la Création et à ses enseignements. Le désert, où la vie, la végétation et la verdure sont apparemment absentes, montre et prouve régulièrement à la conscience observatrice de l’homme la véracité du miracle du retour à la vie :

‘Tu vois, parmi Ses signes, la terre comme prostrée [par l’effet de la sècheresse] s’animer et s’épanouir dés que Nous descendons sur elle quelques ondées du ciel. Celui qui lui rend la vie est aussi Celui qui fait revivre les morts, car Sa puissance n’a pas de limite‘. (Coran, 41, 39)

‘Il y a certes dans la création des cieux et de la terre, et dans la succession de la nuit et du jour, des signes pour ceux qui sont doués d’intelligence.’ (Coran, 3, 190)

Il est rapporté que le Prophète pleura une nuit entière lorsque ce verset lui fut révélé. A l’aube, lorsque le muezzin Bilal, venant faire l’appel à la prière, le questionna sur la cause de ses larmes, il lui expliqua le sens de sa tristesse et ajouta: “Malheur à qui entend ce verset et ne le médite pas !”

Plus tard il s’engagera avec succès dans le commerce et les affaires. Puis il se mariera avec sa première femme qui prendra une place et aura un rôle important dans sa vie, Khadîdja. Ils auront 6 enfants dont deux garçons (qui décèderont).

Il aurait pu avoir une vie publique pleine de réussites et de succès, mais il était appelé par une quête de vérité. Il ira dès lors pratiquer des retraites dans l’une des cavernes de Hira, ce que d’autres faisaient également (dont des chrétiens),

.. Il s’agissait bien d’une quête de vérité : insatisfait des réponses offertes par son entourage, mu par l’intime conviction qu’il devait chercher au-delà, il décida de s’isoler dans la contemplation. Il approchait des quarante ans et trouvait ainsi le moyen de vivre une introspection profonde…
.. tout cela menait insensiblement Muhammad vers l’initiation suprême au sens, à la rencontre avec son Educateur, avec le Dieu unique. A quarante ans, le premier cycle de sa vie venait de s’achever, et c’est en s’approchant de la caverne de Hira, durant le mois de Ramadan de l’année 610, qu’il entendit une première voix l’apostropher et le saluer :
”As-salamu alayka, ya rasul Allah! – Que la Paix soit sur toi, ô Envoyé de Dieu !”

C’est l’ange Gabriel qui lui apparut pour une première révélation. L’ange le laissera dans un état de trouble profond. il avait peur et ne savait pas s’il s’agissait d’une vision démoniaque ou s’il était tout simplement possédé.
Il décida de s’en retourner auprès de son épouse. Il y parvint en plein désarroi et lança : “Couvrez-moi!” Couvrez-moi!” Son épouse Khadîdja l’enveloppa d’un manteau et s’enquit de son état. Muhammad lui expliqua ce qui venait de se passer et lui fit part de sa peur : “ Que m’arrive-t-il ? J’ai peur pour moi » . Khadîdja le réconforta et lui murmura : “ Tu n’as rien à craindre. Repose-toi et calme-toi. Dieu ne te laissera pas souffrir une humiliation parce que tu es bon avec les tiens, tu dis la vérité, tu assistes quiconque est dans le besoin, tu accueilles de la meilleure façon ton hôte et tu soutiens toutes les causes justes “

Ce passage ne présente-t-il pas une réaction profondément humaine ?

Khadîdja ira demander l’avis de son cousin, le chrétien Waraqa ibn Nawfal, qui reconnaitra les signes et l’ange, celui qui était venu à Moise. Il proclamera : “Certes, Muhammad est le Prophète de ce peuple”.
Plus tard il dira au Prophète qu’il sera traité comme tous prophètes, à savoir qu’il sera traité de menteur, qu’il sera maltraité, qu’il sera banni et qu’on lui fera la guerre. Tout cela se révèlera exacte.

Aisha rapporte que Waraqa précisa encore : “ Ton peuple te bannira! “ ce qui interpela le Prophète : “ Ils me banniront? “ et Waraqa de l’avertir : “ Certes oui ! Jamais un homme n’est venu avec ce avec quoi tu es venu sans avoir été combattu! “

Foi, connaissance et humilité.
Ceux qui me connaissent un peu savent à quel point la connaissance est pour moi primordiale, aussi il n’étonnera personne si je dis que le passage suivant m’aura plu.

Les premiers versets révélés au Prophète, qui ne savait ni lire ni écrire, dirigent directement son attention vers la connaissance. Incapable de lire ni de réciter alors qu’il est livré à ses seules facultés, Dieu l’appelle à lire “Au nom de ton Seigneur [Rabb-Educateur]” et établit immédiatement un lien entre la foi en Dieu et la connaissance : les versets suivants confirment cette relation: “ Il a instruit l’Homme au moyen du calame; Il lui a enseigné ce qu’il ne savait pas.” Entre le Créateur et l’Homme, il y a la foi qui se fonde et se nourrit de la connaissance que le Très-Généreux (al—akram) a mise à la disposition des êtres humains pour répondre à Son appel et venir à Sa rencontre.. 

..La dignité des Hommes octroyée par la connaissance ne saurait être sans l’humilité de la raison qui connait ses limites et qui, en cela, a reconnu l’impératif de la foi. Accepter, et accepter de ne pas comprendre, la présence mystérieuse de la lettre min nécessite la foi; comprendre et accepter l’exposé sans mystère des versets qui suivent imposent l’usage d’une raison active, mais rendue nécessairement – et, au fond, naturellement – humble..

Connaissance, foi et action.

Nous sommes déjà au cœur des enseignements fondamentaux de l’islam: à la double dimension du savoir qui ne saurait être sans la conscience humaine des limites, la Révélation va en ajouter une troisième en se référant à la << noble moralité » du Prophète. Ce verset, qui rappelle ce que nous savions du Prophète en termes de singularité quant à la noblesse de son comportement depuis sa naissance, établit un lien spécifique entre la connaissance, la foi et l’action. A la lumière de la foi, la connaissance doit établir et s’établir sur la dignité morale de l’individu, et c’est d’ailleurs la noblesse reconnue de son comportement qui confirme au Prophète, à posteriori, qu’il n’est point un possèdé, qu’il est dans le bien, et que sa récompense ne connaitra point d’interruption. La foi en Dieu et le savoir, à la lumière du divin, doivent avoir comme conséquence immédiate un comportement, un agir, qui respecte une éthique et promeut le bien.

Note : Tout au long du livre, Mr Ramadan rapporte un Islam qui présente l’Homme, ses qualités, son potentiel, ses besoins, mais également ses limites. Cette image du “Là où s’arrête l’humain commence le Divin” m’a touché. Un beau rappel à l’humilité..

Suivra un temps de silence, sans révélations, et donc un temps de doutes et de sentiments d’abandon pour le Prophète. Les révélations et dons sont accompagnés d’épreuves, et c’est ici que son épouse se révèlera d’une grande importance (Ses épouses bénéficieront de la même attention..)  

Elle est à l’expérience spirituelle du Prophète Muhammad ce que Hagar et Ismaël furent à l’épreuve du Prophète Abraham.
.. Khadîdja sera la première à accepter l’Islam et, durant les dix première années de la mission de Muhammad, elle sera à ses côtés et ne fléchira jamais dans son fidèle accompagnement. On insistera jamais assez sur le rôle de cette femme dans la vie du Prophète : Elle fut, pendant 25 ans, son unique épouse.

Une révélation, des vérités, un Livre

Dieu s’était manifesté. Les premières Révélations orientaient la conscience du Prophète vers Sa présence suprême et éducatrice puisqu’Il lui parle en permanence en tant que Rabbuk, ton Educateur, ton Seigneur. L’ange Gabriel avait transmis les premiers fondements de l’adhésion et de la reconnaissance de Dieu, l’essence de la foi, en exprimant la centralité de la connaissance (de la lecture et de l’écriture) associée au bon comportement. Le cadre était fixé, et l’annonce de la bonne nouvelle était accompagnée d’un avertissement singulier: la future adversité des hommes, car jamais un homme de vérité n’est apparu sur la terre sans que se déchainent contre lui les foudres de la haine, du mensonge et de la calomnie. Certains membres de son propre peuple qui, hier, l’aimaient, le haïront au point de vouloir le tuer.

L’ange Gabriel était venu à lui et lui était apparu à plusieurs reprises. Le Prophète racontera plus tard que celui—ci lui apparaissait parfois en personne, parfois sous la forme d’un homme. D’autres fois, il entendait comme le son des clochettes, et la Révélation survenait en l’obligeant a une concentration extrême, à la limite de la suffocation. Ce dernier mode était particulièrement pénible, et le Prophète exprima souvent la tension qui en résultait, même si, au terme du processus, il était à même de répéter très exactement, mot a mot, le contenu de la Révélation qui lui était parvenue. Pendant vingt ans, l’ange Gabriel l’accompagnera et révèlera, au gré des situations et de façon irrégulière, les versets et les sourates qui, à terme, constitueront le Coran.

Le Prophète avait accueilli les premières Révélations et il commençait avec prudence à en parler à son entourage, avec les premières conversions. Ils furent les premiers à reconnaitre la véracité du message et à prononcer l’attestation de foi qui signifiait leur adhésion à l’islam :

“J’atteste qu’il n’est de dieu que Dieu et que Muhammad et Son Envoyé”

Le nombre de musulmans sur les premières années resta modeste, trente à quarante suivant la tradition, mais cela suffit à générer l’hostilité des habitants de la Mecque à mesure qu’ils apprenaient les fondements de leur religion et constataient la force d’attraction auprès des pauvres et des jeunes.

L’appel public

Après ces années, Muhammad reçut une Révélation lui enjoignant de rendre son appel public : “Avertis ceux de ta famille qui te sont le plus proche”. C’est ce qu’il fit avec une réponse froide et timide, et un rejet de son oncle Abû Lahab qui se détourna entrainant avec lui l’assemblée des chefs : Il allait ainsi devenir l’exemple de celui qui rejette le message de Muhammad et qui va farouchement s’opposer à lui.

Une Révélation ultérieur lui ordonnera d’adopter une attitude franche et déterminée : “Annonce donc ouvertement ce qu’on t’a ordonné et détourne-toi de ceux qui associent des divinités à Dieu”

La mission prophétique entrait dans une phase nouvelle : désormais le message était destiné à tous et imposait une distinction franche entre le tawhid, la foi en un Dieu unique, et le polythéisme des gens de Quraysh

Le message

Durant les premières années de la Révélation, le message coranique s’était peu à peu constitué autour de quatre axes essentiels :
l’unicité de Dieu, le statu du Coran, la prière, la vie après la mort.
Les premiers musulmans étaient appelés à une conversion spirituelle profonde..

L’unicité de Dieu représente évidemment le cœur du message de l’Islam. Un rappel sans cesse martelé, et tous les chapitres du Coran commencent par une référence/louange au Dieu Miséricordieux. L’attestation de foi des musulmans stipule Muhammad comme étant le dernier prophète, et ceux-ci croient au Coran comme le dernier message/rappel.

C’est l’ange Gabriel qui enseigna au Prophète comment il devait faire les ablutions et pratiquer la prière rituelle. La prière prendra une place toujours plus grande et importante chez les musulmans, passant de deux prières par jours aux cinq encore pratiquées aujourd’hui. Les prières à cette époque de la mission se faisaient en direction de Jérusalem, manifestant ainsi la claire filiation de ce message avec le monothéisme juif et chrétien.
Comment ne pas être ému par la (potentielle) dévotion, l’humilité et la piété qui en résulte?

La sourate al-Muzzanunil, citée ci-dessus, fait référence à la prière de la nuit, qui sera également établie comme une obligation pour tous les musulmans au début de la période mecquoise, et ce jusqu’a l’ imposition des cinq prières qui fixeront la pratique définitive. Le rituel et la formation spirituelle sont particulièrement exigeants :

”O toi qui es enveloppé d’un manteau ! Lève-toi pour prier la plus grande partie de la nuit, ou la moitié, ou un peu moins ou un peu plus et psalmodie le Coran de la plus belle psalmodie. Nous allons te charger [faire parvenir] d’une parole de grand poids. En vérité la prière de la nuit laisse une profonde empreinte et permet une plus grande concentration alors que durant le jour tu as à vaquer à de multiples occupations. Invoque sans cesse le Nom de ton Rabb-Educateur – et fais don de ton être [Communie avec Lui] intensément!.”

Au cœur de La Mecque, dans un milieu de plus en plus hostile, les femmes et les hommes qui ont accepté l’islam se forment avec rigueur, et en silence. Ils se lèvent longuement pendant la nuit pour prier Dieu en récitant par cœur les << signes » du Coran que l’Unique à établi comme le lien privilégié entre Son infinie Bonté et le cœur de chaque être. Cette intense et profonde formation spirituelle va de fait établir le caractère tout à fait particulier des premiers croyants : pieux, discrets et déterminés, ils prient le Dieu de la Miséricorde et de la Paix..

Les premiers versets reviennent de façon cyclique sur le thème de la vie après la mort. L’attention du Prophète est orientée vers la priorité de cette autre vie :

“Et l’Au-delà est certes meilleur pour toi que la vie d’ici-bas”
(Coran, 93, 4)

.. Ainsi par la conscience du Jugement, s’établit la relation entre la foi et la morale, entre la contemplation et l’action: la “Voie de la droiture” qui plait au Très-Haut est celle de ceux qui “portent la foi et font le bien” (Coran, 95, 6). Etre avec Dieu, être pour Dieu, faire don de soi, c’est donc “commander le bien et résister au mal” (Coran, 3, 104),  c’est faire le choix de l’exigence éthique. Etre avec Dieu, c’est changer son comportement et décider de faire partie d’une ~ communauté qui appelle au bien (Coran, 3, 104). L’islam, comme les autres traditions monothéistes, insiste sur le retour à Dieu, Son jugement, le Paradis et l’Enfer, et de nombreux versets lient le sens de la vie à cette dimension de l’Au-delà. Dans l’expérience spirituelle qui détermine le sens de la vie et associe l’injonction de l’éthique du comportement, cette étape initiatique est essentielle, même si elle n’est pas l’ultime enseignement de la relation avec Dieu. Au-delà de l’espoir de Son Paradis et de la crainte de l’Enfer, le paroxysme de la relation au Très Rapproché est avant tout de L’aimer et de désirer observer Sa face pour l’éternité, comme l’enseignera plus tard le Prophète à ses compagnons avec cette invocation: “O Dieu, offre-nous la grâce et le plaisir de pouvoir observer Ta face infiniment généreuse”. L’exigence morale se présente comme le passage obligé de la proximité intime et amoureuse de Dieu…

L’adversité va grandissante. Les chefs de clans percevaient chaque jour davantage la nature du danger qui les guettait : c’était une claire rébellion contre leurs dieux et leur coutumes qui, à terme, ne manquerait pas de mettre en péril leur pouvoir. Ils multiplieront les tentatives pour faire cesser la diffusion d’un message pour eux dangereux et inacceptable. Le Prophète ne cèdera jamais, rappelant que seule l’intéressait sa mission : appeler à la reconnaissance et à la foi en Dieu, l’Unique, quel qu’en soit le prix :

Je ne suis pas un possédé, et je ne cherche parmi vous ni des honneurs ni le pouvoir. Dieu m’a envoyé auprès de vous comme messager. Il m’a révélé un Livre et m’a ordonné de vous porter de bonnes nouvelles et de vous avertir. Je vous ai transmis le message de mon Rabb [Educateur] et j’ai été pour vous de bon conseil. Si vous accepter de moi ce que je vous ai apporté, ce sera une bonne fortune pour vous dans ce monde et dans l’autre ; mais si vous rejetez ce que j’ai apporté, alors j’attendrai patiemment que Dieu juge entre nous

Sur l’humanité du Prophète et l’adversité :

Le Prophète affrontait l’humiliation et la moquerie. On lui demandait des miracles et des preuves, et il répondait inlassablement en citant le Coran et en affirmant : “Je ne suis qu’un messager !”

La pression allait grandissant, et des manifestation d’opposition de plus en plus violentes commençaient à se faire jour : les chefs de clans s’en prenaient surtout aux musulmans qui n’étaient pas protégés par un clan, ou directement pauvres. Ainsi l’esclave Bilal avait été attaché par son maitre dans le désert en plein soleil. Son maitre lui frappait le ventre avec une pierre en le forçant à renier son Dieu, mais Bilal n’avait de cesse de répéter : “Il est Unique, Il est Unique …” Plus tard, Abu Bakr racheta Bilal (Comme il le fit avec tant d’autres esclaves) et lui rendit sa liberté : celui-ci deviendra plus tard le muezzin – celui qui appel à la prière – de Médine..

La situation politique devenait de pire en pire, aussi le Prophète cherchait des moyens pour améliorer la situation des musulmans. Il chercha donc à approcher Walid, un chef de clan au pouvoir conséquent sur l’ensemble de la société. C’est lors de cet évènements qu’il se fera remettre à l’ordre et où son statu d’homme faillible apparait, et ce ne sera pas la seule fois.

..S’il réussissait à le convaincre de la véracité du message ou, au moins, à le faire intervenir pour que cessent les persécutions, ce serait un acquis de taille pour lui et ses compagnons. Mais alors qu’il discutait et essayait de trouver un appui auprès de Walid, le Prophète se fit apostropher par un aveugle, pauvre et âgé, qui s’était déjà converti a l’islam et qui lui demandait de lui réciter du Coran. Muhammad se détourna d’abord calmement puis fut excédé par l’insistance de ce vieil homme qui perturbait ses plans et l’empêchait d’exposer son propos et ses doléances à Walid. Ce dernier, dédaigneux, refusa finalement d’entrer en matière. Une sourate sera révélée à la suite de cet incident et imposera aux musulmans d’en tirer un enseignement pour l’éternité :

‘Au nom de Dieu, l’infiniment Bon, le Miséricordieux. Il [le Prophète] s’est renfrogné et s’est détourné lorsque l’aveugle vint à lui. Que sais-tu de lui ? Peut-être cherchait-il à se purifier  ou à écouter tes exhortations pour en tirer profit ? Comment donc I A celui qui est plein de suffisance, tu portes un intérêt tout particulier alors qu’il t’importe peu de savoir s’il va se purifier. Quant à celui qui vient à toi, avec empressement, mu par la crainte révérencielle de Dieu, tu ne t’en soucies même pas ! Certes non, le Coran et un Rappel qui s’adresse à tout homme qui veut en méditer le sens !’ (Coran, 80, 1-12)

Le Prophète n’oubliera jamais cet enseignement (ne jamais négliger une conscience humaine, ne jamais s’éloigner des pauvres et des démunis, etc..) et à plusieurs reprises il se tournera vers Dieu pour L’invoquer en ces termes :

“ O Dieu, nous Te demandons de nous offrir la piété, la dignité, la richesse [spirituelle] ainsi que l’amour des pauvres”

Ainsi le Prophète est-il un modèle pour les musulmans, non seulement par l’excellence de son comportement, mais aussi par les faiblesses de son humanité que le Coran révèle et mentionne pour que les consciences musulmanes n’oublient jamais ce message à travers les âges. Que les pouvoirs, vos intérêts sociaux, économiques ou politiques, ne vous détournent jamais des êtres humains ..

D’où Tariq Ramadan continue avec une critique assez inattendue vis à vis des musulmans dans l’histoire, tentés par les pouvoirs et négligeant ces injonctions. Il rappel le Prophète s’adressant à sa communauté spirituelle, au-delà de sa présence, pour les siècles à venir :

“ Pour chaque communauté [spirituelle] il est un objet de discorde, de tension et de désordre (fitna) et cet objet, pour ma communauté, est l’argent”

Ce n’est pas moi qui vais contredire^^

Les conflits et les adversités, allant jusqu’aux persécutions, n’ont cessé d’augmenter. Le Prophète répond toujours par le Coran, et c’est ici qu’apparait pour la première fois le mot Jihâd dans une révélation :

N’obéis point [ne cède point] aux négateurs et résiste-leur (jâhidhum) au moyen du Coran avec la plus grande des résistances [par la plus grande des luttes] (jih’âd kabira) (Coran, 25, 52)

Face aux pressions de toutes sortes, des plus douces aux plus violentes, Muhammad reçoit un verset qui lui indique la voie et le moyen de la résistance — du jihâd— qu’il doit entreprendre. Nous sommes ici en présence, du sens premier et fondamental du concept de jihâd, dont la racine, ja-ha-da, veut dire << faire un effort » mais surtout, ici, << résister » à l’oppression et à la persécution. Dieu commande a Son Envoyé de résister aux mauvais traitements des Quraysh en s’appuyant sur le Coran. Le Texte est sa véritable arme spirituelle et intellectuelle contre leurs agressions et leur violence.

Et il s’agit ici du petit jihad (résistance contre l’extérieur) et pas du grand jihad (résistance contre l’intérieur, contre son âme charnelle, ses tentations etc..), et c’est bien plus tard que ce petit jihad devra prendre la forme de la lutte et du combat sous la forme de la guerre contre d’autres clans, sans quoi ils auraient étés exterminés..

Les adversités n’ont cessé d’augmenté, et les Qurayshites multipliaient les oppressions et les stratégies contre les musulmans. Dans l’évènements qui suit, ils essaieront d’utiliser des dignitaires juifs pour piéger ou tester Muhammad.

Les Qurayshites étaient quelque peu désemparés et ne savaient point comment s’y prendre pour circonscrire la diffusion du message de Muhammad. Ils envoyèrent donc une délégation a Yathrib afin de s’enquérir auprès des dignitaires juifs de la nature et de la véracité de cette nouvelle Révélation. Les juifs de Yathrib étaient connus pour professer cette même idée du Dieu unique, et Muhammad faisait souvent référence à Moise, leur Prophète : ils étaient donc les plus à même d’exposer un avis ou, mieux, d’élaborer une stratégie.
  Consultés sur le nouveau Prophète, les rabbins proposèrent aux envoyés de La Mecque de lui poser trois questions clefs afin de savoir si ce qu’il disait était vraiment révélé ou s’il s’agissait d’un imposteur. La première question était relative à la connaissance d’une histoire relatant l’exil de jeunes gens loin de leur peuple, la seconde à celle d’un grand Voyageur qui atteignit les confins de l’univers, et la dernière était une interpellation directe à définir ar-ruh (l’âme). Les Qurayshites de la délégation repartirent, persuadés qu’ils avaient désormais les moyens de piéger Muhammad. De retour à La Mecque, ils allèrent le trouver et lui posèrent les trois questions. Celui-ci répondit presque instantanément : “ Je répondrai à vos questions demain”
  Or, le lendemain, l’ange Gabriel n’apparut pas. Point de Révélation. Ni le surlendemain, ni les quatorze jours qui suivirent. Les Qurayshites jubilaient, sûrs d’avoir enfin prouvé la duplicité de ce soi—disant Prophète, incapable de répondre aux questions des rabbins. Muhammad, de son coté, était triste et, chaque jour davantage, il craignait d’avoir été abandonné. Sans douter de Dieu, il revivait l’expérience du << doute quant a soi », amplifiée par les railleries de ses opposants. Deux semaines plus tard, il recut une Révélation et une explication;

Ne dis jamais, à propos d’une chose : “ Certes, je ferai cela demain “, sans ajouter: “Si Dieu le veut. » (in sha’ Allah) Invoque ton Seigneur [Rabb-Educateur] si tu oublies, et dis:  “Plaise à mon Seigneur [Rabb-Educateur] de me guider vers le chemin de la rectitude.”

Cette révélation était, une fois encore, un reproche et un enseignement: elle rappelait au Prophète que son statut, son savoir et son destin étaient dépendants de son Rabb, du Dieu unique et souverain, et qu’il ne devait point l’oublier. Ainsi faut-il comprendre le sens de la formule in sha allah, << si Dieu le veut »: elle exprime la conscience des limites, le sens de l’humilité de celui qui agit mais qui sait qu’au—delà de ce qu’il peut dire ou faire, Dieu seul a le pouvoir de faire en sorte que les choses adviennent. Il ne s’agit point d’un message fataliste : il n’est point question de ne pas agir mais, au contraire, de ne jamais cesser d’agir tout sen maintenant en sa conscience et en son cœur les réelles limites du pouvoir humain. Le Prophète, pour la deuxième fois dans la Révélation, était rappelé a l’ordre par le Transcendant: quelle que soit l’intensité de l’adversité des hommes, ta force et ta liberté sur la terre demeurent dans la conscience permanente de ta dépendance vis-à-vis du Créateur..

Quant à la question sur l’âme, voici la réponse révélée :

Ils t’interrogent au sujhet de l’âme (ar-rûh). Dis : L’âme relève de l’ordre [de la connaissance] exclusif de mon Seigneur [Rabb-Educateur] et, en fait de science, vous n’avez reçu que bien peu de choses. (Coran, 17, 85)

Les humiliations et persécutions augmentaient au gré des révélations, à tel point que le Prophète fut amené à faire la suggestion que les plus faibles et attaqués des musulmans prennent refuge auprès d’un roi chrétien réputé pour son honnêteté et justice.

“Si vous alliez au pays des Abyssins, vous y trouveriez un roi sous la tutelle duquel personne ne subit d’injustice. C’est un pays de sincérité dans la religion. Vous y resteriez jusqu’ à ce que Dieu vous délivre de ce dont vous soufrez actuellement.”
Le Prophète faisait référence au roi d’Abyssinie, le Negus, qui était chrétien et qui avait la réputation d’être respectueux et juste avec ses administrés. Les préparatifs commencèrent donc pour une partie de la communauté et, finalement, un certain nombre d’individus isolés et de familles quittèrent discrètement La Mecque pour vivre la première émigration : au total, on comptait une centaine de personnes, quatre-vingt-deux ou quatre—vingt-trois hommes et près de vingt femmes. Nous étions en 615, cinq ans après le début de la Révélation et deux ans après le commencement de l’appel public. La situation était devenue particulièrement difficile, au point d’avoir du prendre le risque de s’exiler très loin, dans une région qui restait, de fait, bien étrangère aux destinations habituelles des habitants de La Mecque. .

Les chefs Qurayshites décidèrent d’envoyer deux émissaires auprès du Négus afin de le dissuader d’offrir sa protection à ces immigrés et de l’inciter à les renvoyer à la Mecque.

Devant le Négus ‘Amr ibn al-’Ass et ‘Abd Allah ibn Rabi’a auraient aimé que le roi les écoutât et qu’il acceptât de renvoyer les musulmans sans même entendre ces derniers. Le Negus refusa, en affirmant que ceux qui l’avaient choisi pour les protéger avaient le droit d’exposer leurs arguments. IIl les fit appeler pour une audience qui devait réunir les émissaires de La Mecque et une délégation des immigrés musulmans. Ceux-ci choisirent Ja’far ibn Abi Talib, sage et bon orateur, pour les représenter et répondre aux questions du roi. Celui-ci les interrogea sur les causes de leur exil, et en particulier sur le contenu de ce nouveau message apporté par leur Prophète. Ja’far exposa au roi les principes fondamentaux contenus dans la Révélation et matérialisés par l’enseignement de Muhammad : la foi en un Dieu unique, le refus de l’idolâtrie, l’impératif de respecter les liens de parenté, de dire la vérité, de s’opposer a l’injustice, etc. Ja’far ajouta que c’était à cause de ce message que les gens de Quraysh les persécutaient, et qu’ils avaient donc décidé de se réfugier en Abyssinie auprès du Négus qui avait la réputation d’être juste et tolérant.
Ce dernier demanda a Ja’far s’il avait une copie ou s’il pouvait réciter un passage du texte de la Révélation apportée par leur Prophète. Ja’far répondit par l’affirmative et se mit à psalmodier quelques versets de la sourate << Marie >> (Maryam) :

Et mentionne Marie dans le Livre lorsqu’elle se retira en un endroit situé à l’est, loin de sa famille, et étendit un voile entre elle et les siens. C’est alors que Nous lui envoyâmes Notre Esprit qui se présenta à elle sous la forme d’une homme accompli. Elle lui dit : “Je cherche refuge contre toi auprès du Tout Miséricordieux, si tant est que tu Le craignes. – Je ne suis, dit-il, qu’un Envoyé de ton Seigneur, chargé de te faire présent d’un garçon immaculé. – Comment, s’étonnât-elle, pourrais-je avoir un enfant alors qu’aucun être humain ne m’a jamais touchée et que je n’ai jamais été une femme aux mœurs légères ? “ Il lui fut répondu : “Ainsi en a décidé ton Seigneur qui a dit : “Rien n’est plus facile pour Moi. Nous ferons de cet enfant un signe pour les hommes et une miséricorde émanant de Nous. ” Et c’est là un décret irrévocable‘. »

Le roi et ses dignitaires furent émus par la beauté du texte psalmodié en arabe, et ils le furent encore davantage quand le texte leur fut traduit et qu’ils comprirent qu’il s’agissait de l’annonce de la naissance miraculeuse de Jésus. Le Negus s’exclama: “En vérité, cela vient de la même source que ce qu’a apporté Jésus. » Et il se tourna vers les deux émissaires mecquois pour les éconduire et leur signifier qu’il ne leur livrerait point les immigrés musulmans, auxquels il continuerait à offrir un refuge.
‘Amr et ‘Abd Allah se retirèrent dépités mais, très vite, ‘Amr décida qu’il irait à nouveau voir le Negus pour l’informer de ce que ce nouveau message dit vraiment de Jésus, et qui ne correspond en rien à ce que les chrétiens croient. Il s’exécuta le lendemain et le roi, après l’avoir écouté, convoqua a nouveau Ja’far et sa délégation en exigeant d’en savoir plus sur ce que disait le Prophète à propos de Jésus. Ceux-ci avaient pris conscience du danger de cette rencontre : l’exposé des différences entre les deux messages pouvait amener le Negus à les renvoyer. Ils décidèrent néanmoins de s’en tenir au contenu du message et de dire ce qu’il en était en toute vérité. A la question directe du Negus: (< Que professez-vous au sujet de jésus, le fils de Marie ? », Ja’far répondit de façon non moins directe et claire ;

~ Nous en disons ce que nous a appris notre Prophète. – Il est le serviteur de Dieu, Son Messager, Son Esprit, Son Verbe qu’Il a insufflé en Marie, la Sainte Vierge.

Il n’y avait ici nulle mention de son statut de – fils de Dieu –, et pourtant, le Négus réagit en saisissant un bâton et en s’exclamant : “Jésus, le fils de Marie, ne dépasse pas ce que tu viens de dire de la longueur de ce bâton”. Les dignitaires religieux furent surpris de cette réponse, se manifestèrent en toussotant, mais le Négus les ignora et exigea qe les deux émissaires mecquois soient renvoyés et qu’ils remportent avec eux la totalité de leurs cadeaux. Aux musulmans, il renouvela son accueil et les assura qu’ils trouveraient chez lui protection et sécurité

A la Mecque, la situation s’aggravait. Dans les deux ans à venir, la communauté  devra émigrer vers Yathrib (future Médine). C’est là-bas que la communauté grandira et que la lutte armée contre les autres clans deviendra inévitable. Les évènements seront très nombreux, et je ne peux que vous inviter, une fois encore, à lire le livre, car ces événements ne seront absolument pas qu’une suite de combats ou d’actes de guerre. Bien au contraire les Révélations, les enseignements et la formation spirituel continueront.

Ultimement, la communauté reviendra à la Mecque et y instaurera, plutôt pacifiquement, l’Islam.

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